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Maid-san wa Taberu dake : l'anime food qui est un guide touristique caché

Taiyaki au Mont Takao, melon pan au Mont Mitake, baumkuchen à Hokkaido : le guide food caché derrière Maid-san wa Taberu dake, version méritée plutôt que touristique.

Il y a cette tête qu'on fait tous la première fois qu'on goûte de la nourriture japonaise au Japon. Les yeux qui s'écarquillent, la bouche pleine, ce petit moment de stupeur heureuse. Vous l'avez déjà faite. Moi aussi. Et il y a un anime, cette saison, qui la capture parfaitement — au point qu'il fonctionne littéralement comme un guide food du Japon.

Le problème, c'est qu'il ne vous montre que la version touristique des plats. Le taiyaki d'Asakusa, pas celui de la montagne. Dans cet article, je reprends trois plats de l'anime et je vous emmène, pour chacun, à l'endroit où j'ai mangé la vraie version. Celle qui se mérite.

Cet anime food est un GUIDE TOURISTIQUE caché (et personne ne le regarde)Regarder sur YouTube

C'est quoi Maid-san wa Taberu dake ?

Maid-san wa Taberu dake — qu'on abrège en MaidTabe — suit Suzume, une maid qui travaille en Grande-Bretagne et se retrouve coincée au Japon après la destruction du manoir où elle était employée. À chaque épisode, elle découvre la cuisine japonaise plat par plat. Ne cherchez pas trop la logique du scénario : c'est un iyashikei, un anime qu'on apprécie pour son côté apaisant, pas pour son intrigue.

Ce qui rend la série spéciale, c'est son personnage de moineau, Chun, qui sert de guide intégré et explique chaque plat. Imaginez une série française avec un narrateur qui détaillerait l'origine de la baguette : c'est exactement ça, et c'est rafraîchissant même pour un public japonais. On y réapprend la nourriture de base du Japon — et c'est précisément ce qui fait de MaidTabe un guide touristique déguisé.

Avant d'attaquer les trois plats principaux, un petit détour s'impose.

Le passage obligé : l'onigiri

C'est la grande scène que tout voyageur reconnaît. Premier konbini, premier onigiri, et ce film plastique qu'on n'arrive pas à ouvrir proprement : l'algue se décolle, le riz s'effrite, on improvise. Suzume galère exactement comme nous tous, au point qu'on se demande si l'anime s'adresse à un public japonais ou international.

Honnêtement, je n'ai pas de meilleure adresse à vous donner pour les onigiri. Le meilleur onigiri, c'est le premier que vous mangerez au Japon. Vous serez en plein décalage horaire, vous l'ouvrirez n'importe comment, et vous serez quand même fasciné par une simple boule de riz. (Et pour info : je suis team tuna mayo.)

Place au premier vrai plat.

Le taiyaki, d'Asakusa au Mont Takao

Le taiyaki est le premier choc gustatif de Suzume, et la scène se déroule dans une vraie boutique d'Asakusa : Taiyaki Sharaku, une institution.

Sauf que c'était une institution. Sharaku est aujourd'hui fermé, et ça, l'anime ne vous le dit pas. Si vous suivez un pèlerinage à la lettre, vous risquez d'arriver devant un rideau baissé. Si vous êtes déjà à Asakusa, j'ai une meilleure adresse pour votre goûter : Naruto Taiyaki Honpo. C'est une chaîne, mais une chaîne qui sait ce qu'elle fait — et qui multiplie les collabs anime, avec des goûts saisonniers et des packagings spéciaux qui changent tous les mois. J'y ai testé un taiyaki à la pêche en collaboration avec Love Live! Nijigasaki. C'est un spot « touristique », mais je le recommande sans hésiter pour un premier voyage, et c'est largement meilleur que les taiyaki sous le GiGO d'Akihabara.

Mais si vous voulez la vraie expérience pèlerinage — celle où vous méritez votre taiyaki — il faut quitter Tokyo.

Le Tenguyaki du Mont Takao

Rendez-vous au Mont Takao, à 50 minutes de Shinjuku en direct par la ligne Keio. C'est une montagne sacrée, fréquentée depuis le VIIIᵉ siècle, et c'est aussi un grand classique du pèlerinage otaku : si vous avez vu Yama no Susume, vous reconnaîtrez le décor. C'est surtout la montagne la plus accessible depuis Tokyo.

Après l'ascension, vous pouvez goûter le Tenguyaki, un taiyaki en forme de Tengu vendu à la station en haut du téléphérique. Le Tengu n'est pas un choix décoratif : le Mont Takao est un haut lieu du culte de ces créatures légendaires, des dieux des montagnes aux pouvoirs surnaturels, représentés à l'apparence humaine avec un très long nez. Le taiyaki en forme de Tengu, ce n'est donc pas que du marketing — c'est un vrai clin d'œil au caractère sacré du lieu.

Et la qualité suit : sa pâte de haricots rouges vient tout droit de Hokkaido, et vous le dégustez avec une vue splendide sur la plaine du Kanto. Les bons jours, on aperçoit même la Sky Tree. Ce n'est ni Asakusa ni un best-seller Instagram : c'est le taiyaki que vous aurez mérité en grimpant une montagne, avec un peu de culture en bonus. Et c'est exactement l'esprit de MaidTabe : se laisser surprendre par la découverte.

En pratique — Mont Takao : ligne Keio depuis Shinjuku (~50 min). Téléphérique jusqu'à la station haute, où se trouve le stand de Tenguyaki.

Le melon pan au sommet du Mont Mitake

Dans l'épisode 2, Suzume teste le melon pan. Rien que d'entendre ce nom, j'en ai l'eau à la bouche — surtout sorti tout chaud du four. Et pourtant, c'est un classique absolu du konbini : on en trouve pour moins de 200 yens partout au Japon.

Pour le manger là où ça vaut vraiment le détour, il faut à nouveau sortir de la ville. À un peu moins de deux heures au nord-ouest de Shinjuku, je vous donne rendez-vous au Mont Mitake, une petite montagne sacrée de 929 mètres.

J'ai fait l'ascension à pied avec un ami. Pour des débutants en rando, ça se boucle en moins de quatre heures, et c'est l'une des destinations les plus populaires après le Mont Takao. Le sanctuaire Musashi Mitake, au sommet, est vénéré depuis 2100 ans, et le lieu est connu des propriétaires d'animaux qui font la randonnée avec leurs compagnons.

Comme il faisait nuit au moment de redescendre, on a pris le téléphérique. Et juste avant la station, il y a une petite boutique. C'est là, à 900 mètres d'altitude, fatigués par la marche, que j'ai mangé l'un des meilleurs melon pans du Japon. Le sucre, la croûte croquante par-dessus, la chaleur du pain gardé au chaud — c'est la meilleure des récompenses pour un randonneur.

Dans l'anime, le melon pan apparaît dans une boulangerie censée se situer du côté de la gare de Koigakubo. Pour être tout à fait honnête, le meilleur melon pan que j'ai mangé techniquement, c'est celui d'une petite échoppe près du Sensō-ji à Asakusa — même les Japonais font la queue devant, ce qui est toujours bon signe. Mais le melon pan que je n'oublierai jamais, c'est celui-là. À 929 mètres, juste avant de redescendre dans la nuit.

En pratique — Mont Mitake : ~2 h depuis Shinjuku. Sanctuaire Musashi Mitake au sommet ; boutique de melon pan près de la station du téléphérique.

Le baumkuchen, de Hiroshima à Hokkaido

Le troisième plat surprend : que vient faire un gâteau allemand dans un anime sur la cuisine japonaise ?

L'histoire est fascinante. Un certain Juchheim, capturé par le Japon pendant la Première Guerre mondiale alors qu'il vivait dans une colonie allemande en Chine, aurait confectionné le premier baumkuchen du pays — précisément à Hiroshima, au dôme de Genbaku. Après la guerre, le couple Juchheim a ouvert sa pâtisserie à Yokohama.

Cent ans plus tard, le baumkuchen est devenu un classique de la pâtisserie japonaise : un produit konbini parfaitement banal, mais aussi un gâteau qu'on offre pour les mariages ou à des partenaires commerciaux. Et, entre nous, c'est sans doute ce qui ressemble le plus à nos madeleines. Si vous avez le mal du pays, un baumkuchen peut vraiment vous remonter le moral. Il est tellement ancré dans la culture food japonaise qu'on le retrouve dans d'autres animes — Sakurasou no Pet na Kanojo, par exemple, où Shiina en mange un dans l'épisode 2 (j'en avais parlé dans ma vidéo sur les animes de la ligne Odakyu).

Visiter une usine de baumkuchen à Sapporo

J'ai pu visiter une usine qui en fabrique, et pour ça il faut prendre l'avion vers Sapporo, à Hokkaido. Oui, je sais : Hokkaido, c'est un voyage en soi, pas une demi-journée depuis Tokyo. Gardez donc ce spot dans un coin de la tête pour le jour où vous pousserez plus loin que le Kanto.

À une vingtaine de minutes du centre de Sapporo se trouve Ishiya, l'entreprise qui fabrique les Shiroi Koibito, ces biscuits au chocolat blanc qu'on ramène en omiyage (on les trouve même au duty free de Narita, au cas où vous auriez oublié vos souvenirs). Ishiya a construit tout un parc à thème autour de son usine — le Shiroi Koibito Park — dans une architecture façon château alsacien, avec des jardins fleuris.

L'usine se visite. On vous montre la fabrication du baumkuchen : on voit littéralement la pâte tourner autour de la broche, cuisant couche après couche. Et à la fin, vous pouvez évidemment repartir avec des omiyage. Ce n'est plus du tout le baumkuchen anonyme du konbini : c'est une vraie expérience, qui vaut le détour si vous visitez Sapporo. Et ça boucle parfaitement avec l'idée de l'anime — la nourriture comme découverte culturelle.

En pratique — Shiroi Koibito Park (Ishiya), ~20 min du centre de Sapporo. Visite de l'usine et boutique d'omiyage sur place.

Touristique ou méritée : le vrai sujet de cet anime

Trois plats, trois endroits qui valent le détour. Mais ma scène préférée, c'est en réalité celle de l'ouverture de l'épisode 2, quand Endou s'achète une glace au distributeur.

Le rapport avec les pèlerinages ? J'étais à Chiba pour un pèlerinage Oregairu, en plein été : 40 degrés, pas un arbre. On prenait littéralement une glace au distributeur toutes les heures pour ne pas mourir de chaud. C'est ça, le lien entre la nourriture et le voyage otaku : ce ne sont pas les plats les plus rares qui marquent, ce sont ceux liés à un moment, à un effort, à un lieu.

C'est tout le principe que je voulais vous transmettre avec cet article : pour chaque plat, il existe une version touristique — accessible, sympa, parfaite pour un premier voyage — et une version méritée, celle qu'on gagne en grimpant une montagne ou en poussant jusqu'à Hokkaido. MaidTabe vous montre la première. À vous de viser la seconde.

Si vous voulez me laisser un commentaire, vous pouvez le faire directement dans la section dédiée de la vidéo associée : https://youtu.be/B3LZ06ZQfTU

Et dites-moi : c'est quoi, la nourriture que vous avez le plus appréciée au Japon ?


Animes mentionnés : Maid-san wa Taberu dake, Yama no Susume, Sakurasou no Pet na Kanojo, Nihon e Youkoso Elf-san, Yahari Ore no Seishun Love Comedy wa Machigatteiru (Oregairu).

Sources